LE BOUCHER D'ARKAM - Le décalogue terrifiant 1 Juin 2016

LE BOUCHER D’ARKAM

 

L’histoire raconte qu’en des temps oubliés, Arkam était un petit port de pêche semblable aux nôtres, mais accroché et niché entre les falaises d’Angleterre. Les bonnes âmes d’Arkam y vivaient paisiblement des fruits de la mer et tout le monde y trouvait son compte.

 

Ce soir là, la tempête et le vent avait poussé les hommes à retourner vers le port et ses petits quais de bois. Albéric était de ceux-là. Albéric Winters, vieux loup des mers, avait pour habitude de pêcher aux larges de ces côtes accidentées. Lui, était du nord, rompu à toutes les manœuvres et à tous les caprices de l’océan. Son bateau était reconnaissable entre tous. De couleur rouge, il pourfendait régulièrement les flots à l’assaut de quelques bancs de poissons frais. Parfois les bonnes gens d’Arkam se plaisaient à se moquer du caractère bourru d’Albéric et de la couleur de son embarcation : « Vl’à le diable rouge des mers ! » s’écriaient-ils souvent pour le chahuter. Mais Albéric ne se vexait jamais et gardait ses coups de gueule pour les éléments déchaînés. C’était un homme d’humeur hardie et sa barbe fournie cachait toujours un sourire malicieux comme unique réponse aux cruelles viscissitudes de l’existence.

 

Ce soir-là, Albéric amarra son bateau de pêche au quai d’Arkam. Le ciel avait déjà revêtu sa sombre robe nuageuse. Le vent et la pluie fouettaient les demeures de la petite ville côtière. Le courageux marin avançait dans les ruelles sombres. Le col de son manteau de pluie remonté jusqu’aux oreilles, il pensait déjà à la tiédeur de la taverne où il se rendait à chaque escale. Il y retrouvait bon nombre d’amis et jusqu’au premières lueurs du jour, il se gorgeait de bière avec ses camarades. Et l’on chantait et l’on riait et l’on se racontait des histoires étranges ou grotesques.

 

Lorsqu’Albéric posa sa main calleuse sur la lourde porte de chêne de la taverne des « Trois mousses », il n’entendit pas cette dernière grincer comme à son habitude. Non, d’ordinaire ce bruit lui était plus agréable et familier. Mais là, le grincement raisonna à ses oreilles comme un long cri , un appel ou un avertissement. Un frisson parcourut son dos : « La fatigue et le manque de sommeil auront eu raison de mes sens ! » pensa-t’il. « Bah ! Cela passera ! »

Lorsqu’il avança dans l’estaminet, il y sentit aussi comme une atmosphère étrange, mêlée d’inquiétude et de mutisme forcé mais il n’y prêta pas vraiment grande attention. Lorsque les jours sont ternes et la mer capricieuse, les hommes sont souvent nerveux, le travail se fait rare et la pêche est pauvre. Tout cela disparaîtra avec la belle saison. Aussi il n’hésita pas à répondre à l’invitation de quelques bonnes connaissances.

 

Minuit sonne à la grande horloge de la taverne des « Trois mousses ». Fracture. Folie. Fuite. L’estaminet se vide de ses occupants comme une bonne pinte de bière. Déraison ? Doute ? Y aurait-il quelques nouvelles coutumes à Arkam qu’Albéric ne connaîtrait pas ? De toute évidence le voici seul au comptoir, devant un taulier qui s’empresse de retourner tables et chaises. « Holà ! Tavernier ! » s’écria Albéric, d’humeur éthylique et joyeuse. « Qu’ont donc les bonnes gens d’Arkam pour fuir ainsi comme les rats le navire en détresse ? »

« Comment ? Mon bon Albéric , personne ne t’a dit ? Le port d’Arkam est la proie d’une terrible malédiction. Nous sommes forcés de rentrer pour minuit sonnante, sinon, nous pourrions bien tous tomber entre ses lames. » répliqua le tavernier d’une voix étranglée.

« Tomber entre ses lames ? Les lames de qui ? Quelle est donc cette histoire de vieille femme ? » lança Albéric incrédule.

« Ceci n’a rien d’une invention, mon pauvre ami. Je te parle des lames du boucher d’Arkam. Si ton cou tombe entre ses mains c’est au diable que tu rendras ton âme. » s’empressa de répondre le tavernier. Ne comprenant rien à tout ce charabia et pressé par cet homme insistant et terrifié, Albéric enfila son manteau de pluie et s’engouffra dans les sombres venelles de la ville désertée. Le vent et la pluie avaient redoublé d’ardeur et la foudre faisait apparaître parfois des ombres fantastiques et inquiétantes sur les murs de la cité. Mais Albéric « le diable rouge des mers », pensait à la bouteille de rhum qui l’attendait dans le coffre de sa cabine. Il atteignit rapidement le quai où son embarcation était toujours malmenée par la houle rebelle.

Lorsqu’il posa sa main sur le bastingage, il entendit un hurlement terrible qui venait du bout du quai. Son corps fit volte face et il aperçut au milieu des éléments désordonnés une femme étendue sur le pavé mouillé à la merci d’une silhouette imposante dont les bras se terminaient par deux longues lames effilées et luisantes.

 

Le boucher d’Arkam, mes amis.

Si ton cou tombe entre ses lames c’est au diable que tu rendras ton âme .

 

Le tavernier avait donc dit vrai. Dans un sursaut inconscient, Albéric fit retentir sa puissante voix et hurla : «Ne touche pas à cette femme, monstre ! Viens donc plutôt te mesurer à Albéric Winters, celui que l’on surnomme ici-bas « le diable rouge des mers » ! ». La silhouette imposante, à l’autre bout du quai, se retourna lentement. Son visage était dissimulé par l’ombre d’un immense chapeau haut de forme. Le monstre délaissa sa pauvre victime et s’avança comme un spectre vers le bateau d’Albéric. Ce dernier saisit un crochet à glace et mit en branle les machines. Le boucher d’arkam enjamba le bord. Le bateau s’éloigna doucement dans la tourmente sous le regard empli d’effroi de la femme qu’Albéric avait sauvé d’un sort funeste.

 

Le boucher d’Arkam, mes amis.

Si ton cou tombe entre ses lames c’est au diable que tu rendras ton âme.

 

Longtemps, les flots du port d’Arkam résonnèrent des tintements d’un crochet à glace contre deux longues lames luisantes. Longtemps, la population se souvint d’Albéric Winters « le diable rouge des mers » et du terrifiant boucher qui disparurent dans les abîmes de l’océan déchaîné, laissant ainsi les bonnes âmes du port d’Arkam, libérées.

 

 

CHANT DES ASSASSINS DE L’OMBRE

 

C’est un homme tranquille et sans grand apparat,

Une simple personne et sans beaucoup d’éclat.

Nul ne porte attention à cette humble présence.

On le croise souvent sans aucune méfiance

Mais quand le crépuscule assombrit son visage,

Il revêt un habit aux funestes présages.

L’esprit tout retourné, il change de costume.

Il quitte l’apparence et ses vieilles coutumes.

L’âme soudain noire se charge d’une haine

Qui s’arme d’un poignard à la mauvaise haleine.

Homme, femme, enfant ne seront plus tranquilles.

Le monstre rôde ici, la peur est sur la ville.

On passe auprès de lui mais on ne le voit pas.

On entend seulement la chanson de ses pas.

Et au dernier moment, sur nous, fond le tueur.

Honnêtes citoyens, craignez, tremblez, c’est l’heure

Où le vil criminel se chargera de vous

De vos pauvres existences et vous tordra le cou.

Et nous songeons toujours :  « Ca n’arrive qu’aux autres ! »

Jusqu’au moment fatal où l’horreur est des nôtres.

Enfin, n’oublie jamais, infortuné ami

Que le mal incarné se nourrit de l’ennui

De tous les inconscients qui se croient protégés

Des dangers camoufflés de notre société.

 

 

 

 

 

En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation des cookies à des fins d'analyses et de statistiques

OK